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Hobbes est
né en 1588, à Westport, ville qu'il a
quitté à l'âge de quinze ans pour
poursuivre ses études à Oxford, où il
découvre le nominalisme et la scolastique.
Engagé comme précepteur de William
Cavendish, duc de Newcastle, il accompagne
en 1610 son élève en Italie et en France.
À partir de 1620, Hobbes travaille avec le
chancelier et philosophe Francis Bacon, pour
lequel il manifeste peu d'estime, mais qui
lui permet d'entrer en contact avec le
milieu scientifique : il se familiarise
alors avec la philosophie mécaniste et
porte un grand intérêt aux anciens
philosophes matérialistes ainsi qu'aux
recherches physiques sur la conservation du
mouvement.
Auprès
des défenseurs de l'orthodoxie
théologique, il passe pour un imposteur et
est victime de leurs attaques en 1624.
Thucydide, dont il traduit en 1628 la
Guerre du Péloponnèse, représente
pour Hobbes un modèle de la connaissance,
avant qu'il ne découvre, en 1629, à Paris,
la méthode inspirée d'Euclide, qu'il
commence à appliquer dans son Court
Traité des premiers principes. Un
nouveau voyage sur le continent, en 1631,
lui permet de rencontrer Mersenne et
Galilée. En 1640, alors qu'éclate la
révolution anglaise, Hobbes rédige les
Éléments du droit naturel et politique.
Par prudence, il va s'installer en France,
où il fréquente, jusqu'en 1651, Mersenne
et Gassendi, étudie l'anatomie chez Vésale
et approfondit ses connaissances en chimie.
Plus tard, il se liera d'amitié avec
William Harvey, qui avait découvert la
circulation du sang et avec qui il partagera
les mêmes affinités méthodologiques. En
1660, les Stuart sont restaurés et, bien
que Charles II ne soit pas hostile à
Hobbes, celui-ci devra se défendre contre
de nombreuses accusations de trahison et
d'athéisme. Le philosophe meurt à Hardwick
Hall, le 4 décembre 1679. Le 21 juillet
1683, l'université d'Oxford condamnera De
cive (paru en 1642) et le Léviathan
(publié en 1651) en reprochant à ces
œuvres d'attribuer à l'autorité civile
une origine populaire et de prendre le
"conatus" (l'effort pour se
conserver soi-même) comme une loi
fondamentale de la nature. Les étudiants
dansèrent autour des bûchers où furent
brûlés les livres condamnés dans
l'allégresse générale.
Partie 1 : De l'état de
nature à l'omnipotence du souverain. La
théorie rationnelle du Pouvoir. L'essence
du Pouvoir politique. La fondation de l’Etat.
Hobbes est
à juste titre considéré comme l’un des
premiers penseurs de l’État moderne. De
fait, son ambition fut d’élaborer une
théorie rationnelle du pouvoir. Bien avant
Rousseau, Hobbes montre que l'Etat trouve sa
légitimité dans la notion de contrat
social que retiendra la philosophie
politique moderne. Il fait passer la
souveraineté (absolue), critère essentiel
de l'Etat, du prince au peuple.
Section 1 : L'état de
nature : "l'homme est un loup pour
l'homme"
Hobbes est
un des premiers philosophes à introduire
l'idée d'un état de nature. Hobbes,
qui a longuement médité sur la Politique
d'Aristote, s'oppose à la tradition
aristotélicienne selon laquelle l'homme est
un animal naturellement social. Pour Hobbes,
l'homme est sociable non par nature, mais
par accident.
L’état
de nature ne doit pas être compris comme la
description d’une réalité historique,
mais comme une fiction théorique. Il n'a
bien sûr jamais existé, mais il est une
hypothèse philosophique féconde, une
construction de l'esprit qui vise à
comprendre ce que nous apporte l'existence
sociale.
Cet état
représente ce que serait l'homme,
abstraction faite de tout pouvoir politique,
et par conséquent de toute loi.
Dans cet
état, les hommes sont gouvernés par le
seul instinct de conservation - que Hobbes
appelle " conatus " ou
désir. Or, à l’état de nature, les
hommes sont égaux, ce qui veut dire qu’ils
ont les mêmes désirs, les mêmes droits
sur toutes choses, et les mêmes moyens -
par ruse ou par alliance - d’y parvenir.
Chacun désire légitimement ce qui est bon
pour lui. Chacun essaie de se faire du bien
et chacun est seul juge des moyens
nécessaires pour y parvenir. C'est pourquoi
bien souvent les hommes ont tendance à
entrer en conflit les uns avec les autres
pour obtenir ce qu'ils jugent bon pour eux.
L’état
de nature, c’est l’état de la
"guerre de tous contre tous".
Hobbes dira que "l’homme est un loup
pour l’homme". Il élabore sa
théorie politique et son éthique sur une
base naturaliste. À l'état de nature,
l'homme est dénué de toute bonté, comme
les animaux livrés à la "loi de la
jungle". Il y règne la puissance
anarchique de la multitude (potentia,
en latin). Doué de raison, c’est-à-dire
de la faculté de calculer et d’anticiper,
l'homme prévoit le danger, et attaque avant
d’être attaqué. L'homme le plus faible
pourrait avec de la ruse l'emporter sur le
plus fort. Chacun est donc persuadé d'être
capable de l'emporter sur autrui et
n'hésite pas à l'attaquer pour lui prendre
ses biens. Des alliances éphémères se
nouent pour l'emporter sur un individu. Mais
à peine la victoire est-elle acquise que
les vainqueurs se liguent les uns contre les
autres pour bénéficier seul du butin.
Cette
guerre est si atroce que l'humanité risque
même de disparaître. A ceux qui
penseraient que cette vision de l'humanité
est pessimiste, Hobbes rétorque que même
à l'état social où pourtant existent des
lois, une police, des juges, néanmoins nous
fermons à clef nos coffres et nos maisons
de peur d'être détroussés. Or l'état de
nature est sans loi, sans juge et sans
police... C’est l’angoisse de la mort
qui, résultante de l'égalité naturelle,
est responsable de l’état de guerre et
fait peser sur la vie de tous une menace
permanente. Cet état, fondamentalement
mauvais, ne permet pas la prospérité, le
commerce, la science, les arts, la
société.
Une
humanité livrée à elle-même, sans
l'ordre social aurait fini par disparaître.
Ce qui va sauver l'homme c'est sa peur de
mourir et son instinct de conservation.
L'homme comprend que pour subsister, il n'y
a pas d'autre solution que de sortir de
l'état de nature. Cependant, pour Hobbes,
cela ne signifie pas qu'il n'existait pas de
droit naturel antérieur à la formation de
la société. Au contraire, il existe une
loi de la nature qui est dictée à notre
conscience : la droite raison. Le premier
choix fondamental de la nature est qu'il
faut rechercher la paix et ne rechercher le
secours de la guerre que si la première est
impossible à obtenir. Pour y arriver, dit
Hobbes, il est nécessaire de renoncer à
certains de ses droits. C'est là
qu'intervient la théorie du contrat. Ce qui
va permettre de passer de la nature à la
société, de la guerre à la paix, c'est un
contrat passé entre les sujets et un
souverain.
Section 2 : Vers la
société civile : la théorie du contrat
Sortir de
l'état de nature, c'est renoncer à son
droit naturel. C'est librement et
volontairement que les hommes, par un pacte
mutuel échangent leur liberté naturelle
contre la paix et la sécurité. Le garant
de cette paix et sécurité sera le
souverain, homme ou assemblée, qui exercera
le pouvoir.
C’est
donc d’un contrat, c’est-à-dire d’un
acte volontaire et juridique, que naît le
pouvoir. L’origine du pouvoir n’est ni
naturelle ni divine, mais artificielle et
humaine. Avec Hobbes, la loi cesse d'être
d'origine divine, elle redescend du ciel sur
la terre et trouve sa source dans un contrat
par lequel les hommes donnent naissance à
un être artificiel, Léviathan, selon le
nom inspiré du monstre biblique que Hobbes
donne à l'Etat.
Le contrat
chez Hobbes n'est pas un contrat collectif :
c'est successivement que chaque individu, un
à un, donne pouvoir au chef (le modèle ici
est le modèle féodal où chaque vassal
faisait allégeance à son suzerain). Chacun
s’accorde avec chacun pour renoncer au
droit de se gouverner lui-même et pour
remettre tout son pouvoir aux mains d’un
seul homme, en lui reconnaissant un pouvoir
souverain constitué de la somme des
pouvoirs de tous.
Section 3 : La théorie de
la souveraineté et son absolutisme
A. La
souveraineté absolue
On l'a vu,
les hommes, pour préserver leur vie et pour
s'acheminer vers la paix, renoncent
d'eux-mêmes à l'état de guerre et
choisissent une autorité supérieure : le
souverain. Celui-ci hérite de tout ce qui
était propre aux individus dans l'état de
nature pour en être le détenteur exclusif.
Le
léviathan, cet anthropomorphisme utilisé
par le philosophe, détient un pouvoir
absolu et illimité en échange de la paix
civile apportée aux individus. Le droit du
souverain, individuel ou collectif, est
nécessairement illimité, puisque le droit
qui lui a été transmis par chacun était
illimité : c'est une souveraineté absolue
et indivisible, plus intransigeante que
celle de Bodin (Hobbes soutient
l'absolutisme, et non l'arbitraire et le
despotisme).
Dans
l'interprétation religieuse traditionnelle
du pouvoir royal, la notion de pouvoir
absolu signifiait que le Roi se rattachait
directement à Dieu, qu'il n'avait de
comptes à rendre qu'à Lui, qu'il était
son lieutenant, ou encore son
"représentant", et que partant,
il participait, "analogiquement",
de la toute-puissance ou de la souveraineté
de Dieu. Mais le cas du pouvoir absolu
hobbien est tout différent. Ce n'est plus
un être tout-puissant qui donne
l'existence et le sens de son existence au
pouvoir absolu qui le représente, ce sont
au contraire des êtres impuissants
qui le créent pour remédier précisément
à leur faiblesse. Le pouvoir absolu
de Hobbes n'est plus représentant de Dieu,
mais des hommes.
B. Les
différentes formes de gouvernement
Il
reconnaît plusieurs formes de gouvernements
(monarchie, démocratie, aristocratie), mais
ne cache pas sa préférence pour la
monarchie tenue pour la plus efficace. Dans
la monarchie, les intérêts personnels du
gouvernement coïncident avec l’intérêt
public. Il n’y a pas d’injustice en
dehors des lois ; il y a que des bonnes ou
des mauvaises lois.
Hobbes
distingue classiquement la Monarchie,
l'Aristocratie et la Démocratie. Par
contre, il exclut tout gouvernement mixte.
Hobbes exclue l'idée classique depuis
l'Antiquité qu'il existe une forme pure et
une forme dégénérée pour chaque type de
gouvernement.
Toute
société commence nécessairement par la
démocratie c'est à dire l'assemblée de
tous ceux qui dans l'état de nature
conviennent unanimement de conclure un
contrat social et de se soumettre à la
décision de la majorité d'entre eux.
Ce
système initial peut se transformer soit en
Aristocratie soit en Monarchie selon
l'autorité à qui l'assemblée souveraine
cède son pouvoir : un monarque ou un
aristocrate. Il ne faut pas que cette
cession se fasse par un contrat. Dès la
cession, l'assemblée redevient une
multitude de sujets et l'autorité reçoit
alors sa souveraineté. S'il y avait
contrat, on parlerait de gouvernement
délégué et non de souveraineté. En
principe, l'autorité souveraine ne meurt
jamais sauf si son titulaire meurt ou y
renonce sans désigner de successeur. Dans
cette hypothèse, il y a retour à l'état
de nature.
Pour
Hobbes, la Monarchie est la meilleure forme
de gouvernement. Certes, elle peut avoir des
maux mais ceux ci sont bien plus répandus
encore dans la démocratie. Comme les
citoyens ne participent pas à
l'élaboration des lois, cela leur permet de
se consacrer entièrement à leurs affaires
domestiques et personnelles.
C. Un
despotisme ?
Aux yeux
de Hobbes le droit de résistance est
purement et simplement exclu. Le souverain,
même s'il use de la dernière violence, ne
peut rien faire contre l'intérêt du peuple
puisqu'il le sort de la pire des situations
qui soit : l'état de nature. Toute révolte
risque de faire réapparaître cet état de
nature. Or, si "à l'état de nature
l'homme est un loup pour l'homme, à l'état
social l'homme est un dieu pour
l'homme".
C'est cela
qui incita Rousseau à voir Hobbes comme un
défenseur du despotisme. Mais ne le
réduisons pas trop vite à cela. Hobbes
avoue en effet que cette autorité absolue
n'est pas sans risque. Il envisage que si le
pouvoir était à ce point arbitraire et
tyrannique qu'il mettrait en péril la vie
de ses sujets, ceux-ci peuvent se défendre
(c'est en effet pour se préserver qu'ils
ont admis le contrat) mais cela ne signifie
pas qu'il y ait droit à la résistance : il
y a toujours liberté de conscience et droit
de défendre la loi naturelle. Le pouvoir
est absolu parce que c'est le garant de sa
stabilité. Cela ne signifie pas qu'il soit
nécessairement arbitraire ou despotique.
L’absolutisme
de Hobbes a été critiqué et sa doctrine
interprétée comme préfigurant une forme d’État
totalitaire. Pourtant, en donnant à l’État
un fondement juridique, Hobbes peut être
considéré en réalité comme un
précurseur de ce qu’on appelle aujourd’hui
l’État de droit. Au cœur de sa réflexion
est posée en tout cas cette double question
qu’aucune démocratie ne peut éluder :
quelle part d’obéissance le pouvoir
peut-il légitimement exiger, sans
outrepasser son droit ? mais aussi : quelle
part de liberté des hommes vivant en
communauté peuvent-ils légitimement
réclamer, sans menacer la paix civile ?
Si Hobbes
n'est certes pas un théoricien de la
démocratie, en cherchant à résoudre d'une
manière neuve la question de l'Etat et des
fondements du pouvoir et de l'obéissance,
il s'affirme comme le véritable fondateur
de toute la pensée politique moderne.
Partie 2 :
Autres apports de la philosophie politique
de Hobbes
Section 1 : Hobbes et la
religion
Le
reproche d'athéisme que l'on faisait à
Hobbes était malencontreux car il est
nullement question d'athéisme chez lui.
Pour Hobbes, il convient d'obéir à la
société civile dans tout ce qui n'est pas
contraire aux commandements de Dieu. Mais
s'il est facile de déterminer quels sont
les commandements encore faut-il les
interpréter. Ceci doit être déterminé
par la société civile elle-même. Pour
Hobbes, il ne saurait y avoir de séparation
entre pouvoir temporel et spirituel. Selon
Hobbes :
- dans un
état chrétien, l'église et l'état sont
confondus mais pour les questions
religieuses, le prince doit s'en remettre
aux personnes consacrées ;
- dans les
états non chrétiens, le pouvoir temporel
dispose du pouvoir religieux mais cela ne
signifie pas qu'un sujet chrétien pourrait
légitimement désobéir.
Section 2 : La place de la
liberté chez Hobbes
Le lecteur
de Hobbes peut légitimement s’interroger
sur le sort que réserve celui-ci à la
liberté. L’impossibilité pour les sujets
de contester les décisions du souverain
donne à penser qu’elle se réduit à
néant. Ce serait inexact. Liberté et
nécessité sont étroitement associés. C’est
librement qu’en considération de la
nécessité de la paix et de la sécurité
que les hommes ont créé le Léviathan et
les lois civiles. La liberté ne saurait
permettre les individus de s’affranchir
des lois. Une telle revendication serait
absurde parce qu’elle replongerait chacun
dans l’état de nature. La soumission
absolue aux lois connaît cependant une
limite intangible liée au droit de nature.
Le souverain ne peut pas aller à l’encontre
des raisons même de son existence.
Le
fondement du libéralisme, c'est la
distinction entre la société civile et l'Etat
: celui-ci est le représentant et
l'instrument de celui-là. En définissant
la puissance naturelle de l’individu comme
un pouvoir sur les choses, Hobbes donne le
cadre théorique du libéralisme : droit,
intérêt, désir et possession. Thomas
Hobbes a des éléments annonçant l’économie
moderne et le libéralisme économique
Section 3 : L’individu
comme fondement de la société
Hobbes
était obsédé par la peur de la mort
violente. C’est pour cette raison qu’il
voulait donner la paix aux hommes. Il était
désireux de défendre l’individu qui lui
paraissait être le fondement de la
société, et pour ce faire il voulait que
le pouvoir soit confié à un souverain tout
puissant : le Léviathan.
L’individu
constitue la réalité fondamentale. L’homme
raisonne dans son cadre individuel, il
cherche sa fin en lui-même et s’oriente
par sa propre volonté. Si l’homme vit en
société c’est pour trouver la
satisfaction de ses intérêts. Pour Hobbes
la nature humaine est égoïste. Il défend
un individualisme pessimiste et fermé. La
société va naître de la cruauté de
chaque homme envers les autres. Dans l’état
de nature, les hommes sont en guerre
permanente les uns contre les autres et
chacun doit constamment défendre sa vie à
peine de mourir ou d’être soumis. Dans l’état
de nature, l’homme est un loup pour l’homme
(" Homo homine lupus ").
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